Blog, Labo

Traduire Ali et Ramazan

Billet datant de février 2013, mis à jour ce 4 octobre 2013. 

C’est le 18 décembre 1992 que prend fin l’histoire de Ali et Ramazan. Dans la vraie vie. En page trois.
Leurs courtes vies racontées à la hâte en images ensanglantées, en pas plus de cinquante lignes, ces enfants de la page trois Ali et Ramazan.
— Extrait de Ali et Ramazan de Perihan Mağden (traduction Canan Marasligil)

Ali et Ramazan, ces enfants qui ont touché le coeur de Perihan Mağden, à tel point qu'elle a écrit leur histoire. 
Ali et Ramazan, ces enfants qui m'ont touché à leur tour, à travers la voix de Perihan Mağden et que je tenterai de vous faire vivre avec autant de profondeur. 

"Sortie de secours" Marmaray en construction, 2011 (c) Erinç Salor

Perihan Mağden a écrit et publié des romans, de la poésie, de nombreux essais et éditoriaux dans la presse. Orhan Pamuk dit de Perihan Mağden qu’elle « est parmi les écrivains les plus inventifs et francs de sa génération. »  

 

Que connaît-on de Perihan Mağden en français ? Un seul roman, son premier écrit en 1991 et traduit en 2003 chez Actes Sud : Meurtres d’enfants messagers. Elle écrit de nombreux romans entre 1991 et 2012, traduits à travers le monde : en anglais, en coréen, en grec, en hongrois, en néerlandais, en italien, en albanais…

Il m'a toujours paru étrange qu'aucune maison d'édition francophone n'a voulu développer ce travail de traduction autour de son oeuvre, pourtant clé dans le contexte de la littérature contemporaine turque.

CONSTRUIRE... 

C'est avec un immense plaisir que je peux continuer le travail commencé avec Publie.Net il y a plus de deux ans. 

Dans le premier volume de Meydan | La Place je vous proposais un extrait de son roman Ali et Ramazan, publié en février 2010 en Turquie et qui raconte la courte histoire – basée sur un fait divers – de deux jeunes orphelins homosexuels vivant à Istanbul. Ce premier pas conduit aujourd'hui vers la traduction en entier de ce roman et sa publication grâce à Publie.Net en version numérique et papier.

Nous avons également inclut Perihan Mağden dans le second volume de Meydan | La Place avec un extrait de son roman paru en 2006 Iki genç kızın romanıLe roman de deux jeunes filles. C'est un extrait sur lequel j'avais travaillé il y a quelques années déjà et qui j'espère vous permettra de vous rapprocher de l'oeuvre de Mağden. 

Son dernier roman, Yıldız Yaralanması | Blessure de Star est paru en novembre 2012 en Turquie.

Si ce premier essai avec Ali et Ramazan est positif - en termes très simples : si nous arrivons jusqu'à vous lecteurs/lectrices... oui, votre soutien est très important ! - nous continuerons ce travail de traduction et de médiation autour de l'oeuvre de Perihan Mağden. 

 

Mais pourquoi lire Perihan Mağden ?

Peut-être que je dois d'abord dire pourquoi je traduis ses romans. Je l'ai déjà expliqué dans mon introduction au premier volume de Meydan | La Place, traduire certaines œuvres est pour moi une nécessité, un appel qui vient de l'intérieur. Et en ce qui concerne Mağden, ce sont avant tout la force et la sincérité de son écriture qui me motivent. 

À travers son œuvre, Perihan Mağden nous raconte l’histoire de ceux que la société oublie, ceux qui se retrouvent à la page des faits divers dans les journaux, comme Ali et Ramazan, qui se perdent dans la grandeur de la ville et dans l’angoisse de l’adolescence, comme les deux jeunes filles de son roman, ceux qui vivent à l'ombre des autres, comme l'héroïne de son dernier roman, blessée par une Star. Tous ces personnages sont victimes du regard d’une société intolérante face à ceux qui sont différents ou dans le besoin. Les oubliés de la société, les rejetés du gouvernement, de l’armée, de leurs parents… Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ces vies, parfois trop courtes comme c’est le cas pour Ali et Ramazan, sans tomber dans le sentimentalisme ou les clichés. Perihan Mağden nous montre l’humain et non la victime. Elle ne veut pas que l’on pleure sur le sort de ces personnages, elle nous pousse à nous rappeler que nous sommes avant tout humains. Bien que souvent basés dans des contextes politiques et sociétaux difficiles et différents de ce que l’on peut vivre en France ou dans d’autres pays européens, les personnages adressent un message universel sur la condition humaine.

Souvent, il nous manque de voir l'humain. Si l'écriture peut nous en rapprocher, si la traduction peut animer ces voix, je n'ai franchement aucune raison d'attendre... je fonce... je traduis... 

Titre

Ceux d'entre vous qui ont lu les extraits de Ali et Ramazan traduits sur ce blog ainsi que dans le premier volume de Meydan | La Place  ont dû remarquer que j'avais changé l'orthographe du prénom de Ramazan. Je ne sais pas pour quelle raison j'avais instinctivement traduit le prénom "Ramazan" en "Ramadan". Ce n'est pas une erreur, le mois de Ramadan en turc se dit et s'écrit Ramazan. Mais je trouve que c'est plus juste de garder le prénom original, tout comme je ne traduis pas mon prénom Canan, ou que je ne le retranscris pas en français Djanan ou en anglais Janan ou en quelque autre langue. C'est un sujet sur lequel je suis toujours très sensible et il n'y a pas de raison que je change le prénom de ce garçon. Ramazan reste donc Ramazan. Et ça sonne bien, vous ne trouvez pas ? 

En pratique : ce travail de traduction commencé au printemps dernier est à présent en phase de relecture. J'aime avancer doucement mais sûrement, comme les fidèles lecteurs de Meydan | La Place parmi vous le savent... Aussi parce que je ne travaille pas toute seule ! Et oui, la traduction ce n'est pas un travail solitaire comme je l'avais déjà mentionné sur mon blog personnel. Un riche travail de relecture et d'échange se déroule au sein de l'équipe Publie.Net et puis toute la mise en page, le code, un vrai boulot d'artiste (Roxane, ne te fâche pas, c'est quand même un art le design, non ?)...

Si tout se passe bien pendant ces premiers jours du mois d'octobre 2013, la version numérique et papier de Ali et Ramazan devrait paraître à la fin du mois. Mais je vous tiendrai au courant sur ce blog ainsi que sur mon compte Twitter et la page Facebook de Meydan | La Place.

Et en attendant, lisez les deux volumes de Meydan | La Place.

Merci d'être là !