Perihan Mağden

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des objets, des livres : Ali et Ramazan

Nouvelle exploration vidéo autour du thème "des objets, des livres". Dans une approche très personnelle, je tisse des liens entre une figurine Manneken Pis et le roman "Ali et Ramazan" de Perihan Mağden.

Liens mentionnés :

Voir aussi : #SoutienPerihanMagden : Perihan Mağden en procès pour diffamation présumée


des objets, des livres
Ali et Ramazan de Perihan Mağden
Vidéo et présentation : Canan Marasligil
Musique :  I Knew a Guy by Kevin MacLeod (incompetech.com) licensed under cc 0.3

Meydan | La Place Vol.1, Fictions, Lecture

Ali et Ramazan : extrait

Les romans de Perihan Mağden et les différentes couvertures de Ali et Ramazan (version française, photo de Annakarin Quinto, paru chez Publie.Net)

Voici un extrait du roman Ali et Ramazan de Perihan Mağden, traduit par Canan Marasligil et paru chez Publie Net. Ce sont les deux premiers chapitres qui introduisent les deux personnages principaux du livre : Ali et Ramazan. 

Vous pouvez acheter le livre sur Amazon et chez votre libraire habituel.

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Ali et Ramazan

Perihan Mağden signe un roman coup de poing et nous emmène au cœur d'une histoire d'amour entre deux garçons orphelins tentant de survivre dans la Turquie des années 80-90. Ce roman tiré d'un fait divers est tissé à coups de phrases brèves, de ponctuation déconcertante et d'émotion, sans jamais tomber dans le sentimentalisme. C'est là la force de l'écriture de Mağden qui est sans aucun doute parmi les plus importants auteurs de la littérature contemporaine turque. 

Fictions, Meydan | La Place Vol. 1

EXTRAIT : PERIHAN MAĞDEN "ALI ET RAMAZAN"

Sortie de secours - Construction de la ligne de métro Marmaray. Photo : Erinç Salor

Perihan Mağden a écrit et publié des romans, de la poésie, de nombreux essais et éditoriaux dans la presse. Orhan Pamuk dit de Perihan Mağden qu’elle « est parmi les écrivains les plus inventifs et francs de sa génération. »

À travers son œuvre, Perihan Mağden nous raconte l’histoire de ceux que la société oublie, ceux qui se retrouvent à la page des faits divers dans les journaux, comme Ali et Ramazan, qui se perdent dans la grandeur de la ville et dans l’angoisse de l’adolescence. Tous ces personnages sont victimes du regard d’une société intolérante face à ceux qui sont différents ou dans le besoin. Les oubliés de la société, les rejetés du gouvernement, de l’armée, de leurs parents… Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ces vies, parfois trop courtes comme c’est le cas pour Ali et Ramadan, sans tomber dans le sentimentalisme ou les clichés. Mağden nous montre l’humain et non la victime. 

Je vous propose ici de découvrir l'ouverture du roman Ali et Ramazan. Bien que leur fin soit annoncée dès le premier chapitre, nous ne sommes qu'au tout début de l'histoire de Ali et Ramazan.

Le roman paraîtra en numérique et en papier, dans la collection Publie.Monde de Publie.Net et Publie.Papier. 

 

EUX

C’est le 18 décembre 1992 que prend fin l’histoire d’Ali et Ramazan. Dans la vraie vie. En page trois.
Leurs courtes vies racontées à la hâte en images ensanglantées, en pas plus de cinquante lignes, ces enfants de la page trois, Ali et Ramazan.
ILS L’ONT TORTURÉ : C’est avec ce titre qu’ils se retrouvent pour la première fois en page trois. De retour du service militaire ; quand l’État leur Père les a mis à la porte de l’orphelinat et qu’ils se sont retrouvés à la rue.
Les flics l’ont emmené au poste et l’ont torturé. Sur la photo qui dévoile l’épaule de Ramazan que les flics ont brûlé à la cigarette, on voit son visage de près.
Comme il est beau, comme il est blessé et triste.
Le journal qui annonce leur fin a jugé que DÉRAPAGE DE NUIT : 2 MORTS était un bon titre.
Une façon polie de dire DÉRAPAGE HOMO : 2 MORTS. Les petits jeux de mots des grands journaux. Toujours la même chose.
LES QUESTIONS CHERCHENT DES RÉPONSES sert de sous-titre à “dérapage de nuit”. Ils ont encadré quelques questions.
Ensuite, il y a ce titre. TUÉ AU BOUT DU CÂBLE.
Le câble lâche dans un quartier de Avcılar à Istanbul. Quelqu’un qui se tenait au câble attaché à un balcon du sixième étage, alors qu’il essayait de descendre, s’écrase sur le béton et se tue.
Il y a même une photo. Ils ont recouvert le cadavre avec des journaux. On voit quand même des détails effrayants. Comme l’imprimé sur le pull.
Pire encore, la photo du musicien-compositeur tué chez lui, vraiment dure à regarder. Ses intestins se sont éparpillés sur le tapis où il est tombé.
UNE TROISIÈME VICTIME DE CE DÉRAPAGE DE NUIT : OÙ EST PASSÉ LE FRIC ? Ceci est le dernier gros titre concernant Ali et Ramazan.
Quelqu’un d’autre est mort. Des liasses de billets ont disparu. Il utilise constamment l’expression “dérapage”, le grand journal, il nous envoie des signaux.
Étaient-ils homos Ali et Ramazan ? Est-ce ainsi que finissent les homos ? Est-ce que tu meurs quand le câble lâche ?
Ils sont qui d’ailleurs, eux ? Quelle importance ont-ils ?
Ils ne sont personne. Ils ont vécu intensément, ils sont morts trop rapidement.
Aujourd’hui est un autre jour.
Le temps ne passe plus pour les amoureux morts ; ils sont restés en 92.
— Ali et Ramazan, Perihan Mağden. (Traduction : Canan Marasligil)

Fictions

Portrait d'auteur : Perihan Mağden

L'anthologie Meydan | La Place présente sous les hashtags #grandir #lutter #aimer #êtreaccro, un extrait du dernier roman de Perihan Mağden intitulé Ali ile Ramazan Ali et Ramazan. Ce roman est parfois sombre et dur, j'en ai perdu le sommeil en traduisant les quelques pages que je propose dans Meydan | La Place. Il est extrêmement touchant et sincère, c'est aussi une écriture contemporaine unique.

 

Perihan Mağden a écrit et publié des romans, de la poésie, de nombreux essais et éditoriaux dans la presse. Orhan Pamuk dit de Mağden qu’elle « est parmi les écrivains les plus inventifs et francs de sa génération. »

Perihan Mağden est une auteur controversée en Turquie, et elle n’a certainement pas sa plume dans sa poche. Fin 2005, elle prend la défense dans un éditorial d'un jeune objecteur de conscience emprisonné, ce qui lui vaut d'être attaquée en justice par l'armée. Huée par une foule hostile lors de son procès, elle est finalement acquittée. Mais les critiques et la haine de certains ne cessent de la poursuivre, comme elle l’explique d’ailleurs elle-même, et qui tourne au harcèlement.

Que connaît-on de Perihan Mağden en français ? Un seul roman, son premier écrit en 1991 et traduit en 2003 chez Actes Sud : Meurtres d’enfants messagersOr Perihan Mağden a publié plusieurs romans entre 1991 et 2010, traduits à travers le monde : en anglais, en coréen, en grec, en hongrois, en néerlandais, en italien, en albanais… Parmi ceux-ci, Iki genç kızın romanı/Le roman de deux jeunes filles qui a été comparé à L’attrape cœur de Salinger pour la façon dont il capture l’angoisse adolescente. Cette œuvre a été adaptée au cinéma par Kutluğ Ataman et fut un succès majeur en Turquie. Son dernier roman Ali et Ramadan publié en février 2010 et qui raconte la courte histoire de deux jeunes orphelins homosexuels a fait la une de la presse littéraire et générale en Turquie.

À travers son œuvre Perihan Mağden nous raconte l’histoire de ceux que la société oublie, ceux qui se retrouvent à la page des faits divers dans les journaux comme Ali et Ramadan, ceux qui se perdent dans grandeur de la ville et dans l’angoisse de l’adolescence, comme les deux jeunes filles de son roman, Behiye et Handan. Tous ces personnages sont victimes du regard d’une société intolérante face à ceux qui sont différents ou dans le besoin. Les oubliés de la société, les rejetés du gouvernement, de l’armée, de leurs parents… Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ses vies, parfois trop courtes comme c’est le cas pour Ali et Ramadan, sans tomber dans le sentimentalisme ou les clichés. Perihan Mağden nous montre l’humain et non la victime. Elle ne veut pas que l’on pleure sur le sort de ces personnages, elle nous pousse à nous rappeler que nous sommes avant tout humains.

J'espère sincèrement que nous pourrons vous présenter plus de textes (et des romans complets) de cette auteur essentielle de la littérature contemporaine turque.

Fictions, Meydan | La Place Vol. 1, Meydan | La Place Vol.2

Auteur : Perihan Mağden

[VOL. 1 & 2] Perihan Mağden (1960) a écrit et publié des romans, de la poésie, de nombreux essais et éditoriaux dans la presse. Orhan Pamuk dit de Perihan Mağden qu’elle « est parmi les écrivains les plus inventifs et francs de sa génération. » Que connaît-on de Perihan Mağden en français ? Un seul roman, son premier écrit en 1991 et traduit en 2003 chez Actes Sud : Meurtres d’enfants messagers. Elle écrit de nombreux romans entre 1991 et 2010, traduits à travers le monde : en anglais, en coréen, en grec, en hongrois, en néerlandais, en italien, en albanais… Elle tenait jusque janvier 2012 une chronique dans le quotidien Taraf. Son dernier roman Yıldız yaralanması est paru en novembre 2012. Son roman Ali et Ramadan paraîtra en français chez Publie.Net et Publie.Papier avant la fin 2013.