Ece Temelkuran

Meydan | La Place Vol.1, Fictions

Ece Temelkuran raconte Le son des bananes

J'ai eu l'immense plaisir de vous présenter un extrait du premier roman de l'auteur et journaliste Ece Temelkuran dans le premier volume de l'anthologie Meydan | La Place. Voici une courte vidéo en anglais, préparée dans le cadre de la sortie de son roman en néerlandais, dans laquelle Temelkuran raconte le titre du roman: le son que font les bananes lorsqu'elles poussent et grandissent "chuk chuk chuk"... 

Fictions, Meydan | La Place Vol. 1

EXTRAIT : ECE TEMELKURAN « LE SON DES BANANES »

La construction de Marmaray. Photo : Erinç Salor

C’est un roman que j’aime beaucoup, Le son des bananes (Muz sesleri). J’aime le regard que Ece Temelkuran porte sur le monde. J’aime aussi beaucoup son travail de journaliste. Temelkuran a du courage, elle écrit bien, elle dénonce l’injustice, elle défend l’humain. Cela lui a d’ailleurs valu son poste de journaliste chez Haber Türk. L’ajouter à l’anthologie était non seulement une façon pour moi d’honorer son travail mais aussi de m’amuser en traduisant, car c’est avec immense plaisir que j’ai travaillé sur ce texte. Et rien que pour le plaisir, je vous en cite un extrait ci-dessous, ensemble avec un cliché de la série Marmaray, photographiée par Erinç Salor pour le premier volume de Meydan, ainsi qu’une lecture en turc de ce même passage par Ece Temelkuran (j’ai découvert Soundcloud récemment, j’explore pour ajouter plus de son et de musique autour de Meydan | La place).

La vérité était dans la poussière, je l’ai vue…
J’ai ouvert la fenêtre. Le vent de l’automne 2006 s’est précipité dans la maison, comme des mains s’allongeant à l’infini.
Une nuée d’oiseau velléitaire derrière moi :
Les pages que j’avais collées au mur sans y laisser un blanc et dont j’avais tapissé le sol en les pressant sous des pierres se sont envolées. Au fur et à mesure que les pierres dévalaient, une histoire et tous ses passagers chaviraient.
La maison n’est à présent rien d’autre qu’une histoire.
Ni ce vieux pull jaune ne me va, ni ce pantalon noir… Je me suis entièrement habillée de l’histoire de quelqu’un d’autre. Moi aussi, je suis désormais une de ces pierres chavirées par le vent. Je peux à présent raconter une histoire.
Je peux redevenir… poussière.
— Ece Temelkuran, Le son des bananes (traduction Canan Marasligil)

Fictions

Ece Temelkuran "Enregistrez!"

Vous avez peut-être suivi l'actualité en Turquie concernant les arrestations massives de journalistes, d'auteurs, d'académiciens, d'activistes et autres intellectuels sous prétexte de "lutte contre le terrorisme kurde". Ce sont de bien tristes jours pour la Turquie.

L'engagement, qu'il soit politique, linguistique, littéraire, a une place importante dans l'anthologie Meydan | La Place, et ce n'est pas un hasard si parmi les auteurs que vous pouvez y découvrir se trouve Ece Temelkuran. Journaliste primée, elle est l'auteur d'un premier roman "Le son des bananes" dont vous pouvez lire un extrait dans Meydan | la place.

Temelkuran s'est fait renvoyée en janvier 2012 de son poste fixe au journal HaberTürk où elle tenait une chronique, pour avoir "trop parlé". Elle ne tient en effet pas sa langue dans sa poche... elle fait son boulot de journaliste ! Il y a deux semaines est sorti en Turquie son dernier livre "Kayda Geçsin" que je traduirai ici comme "Enregistrez !" car l'auteur veut que l'on se souvienne des propos qu'elle a énumérés à travers ses chroniques, posant un regard critique sur l'actualité turque des deux dernières années.

Je n'ai pas confiance dans le mot espoir, je préfère le mot persévérance. Même si je n'ai plus d'espoir, il me reste toujours la persévérance. Je persiste à avoir cette foi en l'être humain, que malgré tout, au sein de ce pays, il reste un grain de bonté enfoncé coup après coup au plus profond de chacun.

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Nous sommes engagés. Nous sommes donc là.

Nous parlerons bientôt littérature et notamment de son roman "Le son des bananes" sur ce blog. Au milieu de son combat de journaliste, et vivant entre Tunis et Istanbul, Temelkuran travaille actuellement sur un nouveau roman.

Fictions, Meydan | La Place Vol. 1, Lecture

Auteur : Ece Temelkuran

[VOL. 1] Ece Temelkuran (1973) est considérée comme l’une des chroniqueuses et journalistes les plus importantes en Turquie. Les principales préoccupations qu'elle aborde dans ses écrits sont la critique contemporaine de la culture populaire, les problèmes des femmes, les questions d’identité, du nationalisme et de démocratie en Turquie, mais aussi dans d’autres régions. Elle est l'auteur de trois livres expérimentant la fiction, écrits sous la forme de poèmes en prose, et d’un livre documentaire sur les grèves de la faim. Un de ses livres traduit en anglais et en d’autres langues est Deep Mountain (2008) traitant du conflit arménien. Temelkuran a toujours le courage de raconter les sujets dont « il ne faut jamais parler » en Turquie : les tests de virginité, le problème kurde, la question arménienne... Son intérêt pour les questions politiques ne s’arrête pas à la Turquie. Temelkuran a également suivi le Forum social mondial au Brésil et en Inde, ainsi que le mouvement national après la crise économique en Argentine, et plus récemment les soulèvements de Londres, le Printemps Arabe et les élections en Tunisie. Ece Temelkuran tenait jusque début janvier 2012 une chronique au journal Habertürk. Elle vit entre Tunis et Istanbul.