Ali et Ramazan

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des objets, des livres : Ali et Ramazan

Nouvelle exploration vidéo autour du thème "des objets, des livres". Dans une approche très personnelle, je tisse des liens entre une figurine Manneken Pis et le roman "Ali et Ramazan" de Perihan Mağden.

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Voir aussi : #SoutienPerihanMagden : Perihan Mağden en procès pour diffamation présumée


des objets, des livres
Ali et Ramazan de Perihan Mağden
Vidéo et présentation : Canan Marasligil
Musique :  I Knew a Guy by Kevin MacLeod (incompetech.com) licensed under cc 0.3

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Extrait : Ali et Ramazan - une histoire d'amour avant tout

Photo de Annakarin Quinto

Photo de Annakarin Quinto

Le roman de Perihan Mağden, Ali et Ramazan, basé sur un triste fait divers du début des années 90 à Istanbul, est avant tout une histoire d'amour. Entre deux jeunes orphelins : Ali et Ramazan. Voici un extrait du livre, lorsque Ali rentre du service militaire et retrouve Ramazan :

Ali lui manque tellement qu’à quelque temps de son retour, pendant trois semaines, il ne baise avec personne. Il n’y arrive pas ; il ne peut pas. 
Il complète les quelques nécessités de base de la maison. Il achète un petit réfrigérateur. Une table pliante, deux chaises. Un coussin pour Ali. Une couverture pour eux deux. Ensuite, il attend Ali, les yeux rivés sur les murs vides.
Ramazan comprend pendant ces jours d’attente ce qu’Ali sait depuis le début, depuis les premiers jours ; que sans lui il n’est rien, qu’ils sont complets, qu’ils ne prennent de sens qu’en étant Ali et Ramazan. Il l’accepte.
Au fur et à mesure qu’il attend Ali en regardant les murs vides ; Ali grandit en lui, grandit. Ramazan se retrouve inondé d’Ali.
Peu avant l’arrivée d’Ali, Ramazan pleure tellement, comme un loup il pleure sur son lit à même le sol, il sent qu’il est lavé de l’intérieur, de la tête aux pieds.
« Putain Ali, avant même que tu rentres je me suis lavé à force de chialer. Je suis comme un nouveau-né, Gamin des cavernes. T’as vu comme je t’aime hein ! » C’est ce qu’il dit à Ali en allant le chercher à la gare en l’embrassant sur le cou.
Ali est rouge de honte. Ils vont être mal compris. Ils sont pas pédés eux. Ils sont hyper amoureux.
Ils sont tous les deux des hommes ; d’accord. Mais qu’est-ce que ça peut faire quand t’es amoureux ?
Ça peut faire quoi à qui ?

Extrait de Ali et Ramazan Perihan Mağden, traduit du turc par Canan Marasligil 

Ali et Ramazan est disponible en version numérique et en version papier. La version numérique est en vente dans toutes les librairies numériques, sur le site de Publie.Net ainsi que dans les librairies partenaires. La version papier peut être commandée directement sur Place des librairesAmazon ou chez votre libraire habituel.

    Meydan | La Place Vol.1, Fictions, Lecture

    Ali et Ramazan : extrait

    Les romans de Perihan Mağden et les différentes couvertures de Ali et Ramazan (version française, photo de Annakarin Quinto, paru chez Publie.Net)

    Voici un extrait du roman Ali et Ramazan de Perihan Mağden, traduit par Canan Marasligil et paru chez Publie Net. Ce sont les deux premiers chapitres qui introduisent les deux personnages principaux du livre : Ali et Ramazan. 

    Vous pouvez acheter le livre sur Amazon et chez votre libraire habituel.

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    Une conversation avec Perihan Mağden

    Dans le cadre de ma résidence de traduction au Free Word Centre de Londres (mars-juin 2013), j'ai interviewé Perihan Mağden, auteur présente dans les deux volumes de Meydan | La Place et dont le roman Ali et Ramazan vient de paraître en français. Dans cet entretien que je vous présente ici en français, Perihan Mağden parle de ses procédés d'écriture, de son passé de chroniqueuse et de son roman Ali et Ramazan

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    Ali et Ramazan

    Perihan Mağden signe un roman coup de poing et nous emmène au cœur d'une histoire d'amour entre deux garçons orphelins tentant de survivre dans la Turquie des années 80-90. Ce roman tiré d'un fait divers est tissé à coups de phrases brèves, de ponctuation déconcertante et d'émotion, sans jamais tomber dans le sentimentalisme. C'est là la force de l'écriture de Mağden qui est sans aucun doute parmi les plus importants auteurs de la littérature contemporaine turque. 

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    EXTRAIT : PERIHAN MAĞDEN "ALI ET RAMAZAN"

    Sortie de secours - Construction de la ligne de métro Marmaray. Photo : Erinç Salor

    Perihan Mağden a écrit et publié des romans, de la poésie, de nombreux essais et éditoriaux dans la presse. Orhan Pamuk dit de Perihan Mağden qu’elle « est parmi les écrivains les plus inventifs et francs de sa génération. »

    À travers son œuvre, Perihan Mağden nous raconte l’histoire de ceux que la société oublie, ceux qui se retrouvent à la page des faits divers dans les journaux, comme Ali et Ramazan, qui se perdent dans la grandeur de la ville et dans l’angoisse de l’adolescence. Tous ces personnages sont victimes du regard d’une société intolérante face à ceux qui sont différents ou dans le besoin. Les oubliés de la société, les rejetés du gouvernement, de l’armée, de leurs parents… Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ces vies, parfois trop courtes comme c’est le cas pour Ali et Ramadan, sans tomber dans le sentimentalisme ou les clichés. Mağden nous montre l’humain et non la victime. 

    Je vous propose ici de découvrir l'ouverture du roman Ali et Ramazan. Bien que leur fin soit annoncée dès le premier chapitre, nous ne sommes qu'au tout début de l'histoire de Ali et Ramazan.

    Le roman paraîtra en numérique et en papier, dans la collection Publie.Monde de Publie.Net et Publie.Papier. 

     

    EUX

    C’est le 18 décembre 1992 que prend fin l’histoire d’Ali et Ramazan. Dans la vraie vie. En page trois.
    Leurs courtes vies racontées à la hâte en images ensanglantées, en pas plus de cinquante lignes, ces enfants de la page trois, Ali et Ramazan.
    ILS L’ONT TORTURÉ : C’est avec ce titre qu’ils se retrouvent pour la première fois en page trois. De retour du service militaire ; quand l’État leur Père les a mis à la porte de l’orphelinat et qu’ils se sont retrouvés à la rue.
    Les flics l’ont emmené au poste et l’ont torturé. Sur la photo qui dévoile l’épaule de Ramazan que les flics ont brûlé à la cigarette, on voit son visage de près.
    Comme il est beau, comme il est blessé et triste.
    Le journal qui annonce leur fin a jugé que DÉRAPAGE DE NUIT : 2 MORTS était un bon titre.
    Une façon polie de dire DÉRAPAGE HOMO : 2 MORTS. Les petits jeux de mots des grands journaux. Toujours la même chose.
    LES QUESTIONS CHERCHENT DES RÉPONSES sert de sous-titre à “dérapage de nuit”. Ils ont encadré quelques questions.
    Ensuite, il y a ce titre. TUÉ AU BOUT DU CÂBLE.
    Le câble lâche dans un quartier de Avcılar à Istanbul. Quelqu’un qui se tenait au câble attaché à un balcon du sixième étage, alors qu’il essayait de descendre, s’écrase sur le béton et se tue.
    Il y a même une photo. Ils ont recouvert le cadavre avec des journaux. On voit quand même des détails effrayants. Comme l’imprimé sur le pull.
    Pire encore, la photo du musicien-compositeur tué chez lui, vraiment dure à regarder. Ses intestins se sont éparpillés sur le tapis où il est tombé.
    UNE TROISIÈME VICTIME DE CE DÉRAPAGE DE NUIT : OÙ EST PASSÉ LE FRIC ? Ceci est le dernier gros titre concernant Ali et Ramazan.
    Quelqu’un d’autre est mort. Des liasses de billets ont disparu. Il utilise constamment l’expression “dérapage”, le grand journal, il nous envoie des signaux.
    Étaient-ils homos Ali et Ramazan ? Est-ce ainsi que finissent les homos ? Est-ce que tu meurs quand le câble lâche ?
    Ils sont qui d’ailleurs, eux ? Quelle importance ont-ils ?
    Ils ne sont personne. Ils ont vécu intensément, ils sont morts trop rapidement.
    Aujourd’hui est un autre jour.
    Le temps ne passe plus pour les amoureux morts ; ils sont restés en 92.
    — Ali et Ramazan, Perihan Mağden. (Traduction : Canan Marasligil)