Fictions, Blog

La coiffure de la mariée de Seray Şahiner

J'ai eu l'immense plaisir de présenter Seray Şahiner dans le second volume de Meydan | La place, avec la nouvelle "Chez soi", tirée de son second recueil À l'attention de ces dames. Depuis, Seray a publié un roman intitulé Antabus (du médicament prescrit pour diminuer le désir de boire, ça promet comme titre, non ?) et elle continue d'écrire des chroniques dans la presse indépendante (comme OT Dergi ou encore BirGün).

Elle a aussi écrit de nombreux scénarios pour la télévision mais aussi une pièce de théâtre : une adaptation de textes de l'auteure et journaliste Ece Temelkuran (présente dans le premier volume de Meydan | La place, et dont le roman À quoi bon la révolution si je ne peux danser est sorti en français, traduit par Ferda Fidan).

Seray est également une citoyenne engagée - il vous suffit de la suivre sur Instagram pour voir qu'elle ne cesse d'exprimer haut et fort son mécontentement du non respect des droits civiques ainsi que du manque (voire même l'inexistence, au point où nous sommes...) de liberté d'expression en Turquie (comme ci-dessous à Silivri).

Elle est pleine d'énergie Seray, c'est une auteure talentueuse et pleine d'originalité, et je vais le dire tout simplement : je l'adore. Nous avions eu une très belle connexion lors de notre première rencontre il y a quelques années à Istanbul. Depuis, je suis son travail de près et ça me rend doublement heureuse que les éditions Belleville ont publié son premier recueil de nouvelles La coiffure de la mariéeque j'ai eu le plaisir de traduire, l'automne dernier. Voici la très belle couverture, illustrée par Duru Eksioğlu, qui capture merveilleusement bien l'esprit de ces nouvelles. 

Comme s’il savait que je ne voulais pas de ce mariage, voilà que notre voisin meurt avant même que mon henné ait eu le temps de sécher !

Elle était tellement triste, Sibel, mais ça ne l’a pas empêchée de se consoler avec l’espoir que ce décès soudain annulerait la cérémonie. Avant de venir au salon de coiffure, elles étaient à l’enterrement à la mosquée Murat Paşa. Sa future belle-mère n’a cessé de marmonner : « Qu’il repose en paix, même s’il a bien choisi son jour pour mourir ! Maintenant, la moitié des villageois ne viendra pas au mariage, il aurait pu attendre un jour ou deux, paix à son âme !
— un extrait de la nouvelle "La coiffure de la mariée"

Un autre très chouette aspect de cette publication est la possibilité de naviguer dans les univers que Seray présente dans ses nouvelles grâce au site web mis à disposition du lecteur par les éditions Belleville. L'idée est donc de lire "connecté" afin de découvrir les lieux, la cuisine, les films et les références culturelles du livre, sans pour autant s'immiscer dans votre lecture avec des notes en bas de page, car vous pouvez aller vous y perdre pendant ou après votre lecture, selon vos préférences et à votre guise. N'attendez plus : allez faire un tour sur le site et surtout, lisez La coiffure de la mariée.