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Ankara, l'oubliée

Jamais je n'étais allée à Ankara. Mes parents m'ont emmenée et envoyée en Turquie - petite carte d'identité au cou, ils nous mettaient moi et mon petit frère dans l'avion et les grand-parents nous récoltaient à l'arrivée, depuis mes 7 ans. J'y ai passé presque tous mes étés. Mais jamais je n'avais mis un pied à Ankara. J'ai toujours entendu les mêmes remarques "oh, Ankara est une ville ennuyeuse", "c'est la ville des bureaucrates", "y'a rien à faire" ou encore "c'est moche".

Métro d'Ankara (c) Erinç Salor

Il est clair qu'en comparaison à Istanbul, Ankara est certainement plus "moche" et plus "ennuyeuse". Je n'y ai passé que deux jours mais le peu que j'y ai vu m'a bien plu. Et je veux ici vous montrer quelques images de cette ville qui, selon les anciens "a beaucoup changé" et a énormément perdu de son charme, mais ceci est malheureusement le destin de nombreuses villes en Turquie, Istanbul comprise.

Anıtkabir, le mausolée érigé en l'honneur Mustafa Kemal Atatürk, Ankara (c) Erinç Salor.

Il y a bien entendu un côté très solennel dans cette ville. Et le mausolée érigé en l'honneur du père fondateur de la République turque en est certainement l'exemple le plus impressionnant. Le gigantesque monument fut conçu, suite à un concours organisé par le gouvernement, par les architectes Emin Onat et Orhan Arda. La construction commencée en 1944 n'aboutira qu'en 1953. La dépouille d'Atatürk y sera transférée lors de funérailles nationales le 10 novembre 1953, 15 après sa mort.  

Kültür Sok. La rue de la culture (c) Erinç Salor

Ankara fut d'abord appelée "Angora" et "Ancyre" durant l'Antiquité. Située en Anatolie centrale, on constate directement les couleurs de la ville, de la terre, du paysage changer. Ces tons brun/rouge/orangé qu'on ne voit pas à Istanbul, ces couleurs si riches et tellement typique des terres d'Anatolie sont émouvantes. Ahmet Ümit, dans son roman Bab-i Esrar | La porte mystérieuse, dont je vous proposais un extrait dans le premier volume de Meydan | La Place, décrivait le paysage lors de l'arrivée en bus de la protagoniste, Karen, à Konya et de l'impact qu'avait ce paysage sur elle. Je n'ai pas vu Konya, mais je comprends mieux. C'est une couleur qui ne vous laisse pas intact.  

J'aime. (c) Erinç Salor

L'ancienne ville d'Angora donne aussi son nom aux chats, lapins et chèvres de la région, connus pour leur superbe poil (faites une recherche Google Images, vous verrez, c'est assez drôle et mignon). 

Vue depuis la vieille ville (c) Erinç Salor

Comme toute ville, Ankara a droit au bénéfice du doute et surtout à cesser d'être comparée à Istanbul. Les développements urbains y sont tout aussi effrayants qu'à Istanbul, avec de nombreux ghettos qui apparaissent à une allure épuisante, aliénant chaque jour encore plus certaines tranches de la population. Mais ce problème mérite une analyse et un essai à part entière. Ce que je propose ici, c'est de donner une chance à Ankara, à travers quelques images volées lors d'un très court séjour en famille. Mais j'y retournerai...

Dans les environs du château d'Ankara. (c) Erinç Salor