Lecture, Meydan | La Place Vol. 1, Fictions

EXTRAIT : AHMET ÜMIT « BAB-I ESRAR | LA PORTE MYSTÉRIEUSE »

Je continue mon exploration sonore à travers Soundcloud avec le désir de refaire le lien avec le premier volume de Meydan | La place, tout en travaillant sur le second volume (ça avance en douceur). Tout comme dans l’extrait précédent où je partage, rien que pour le plaisir, image, son et texte autour du Son des bananes, je vous cite à présent un extrait, ensemble avec un cliché de la série Marmaray, photographiée par Erinç Salor, des premières lignes du roman de Ahmet ÜmitBab-i Esrar (La porte mystérieuse), ainsi qu’une lecture en turc de ce même passage par l’auteur.

La prononciation même de ce titre en turc, Bab-i Esrar est porteuse de mystère. « La porte mystérieuse » ne lui fait pas justice, et là, je m’avoue défaite en tant que traductrice. J’espère tout de même, en partageant avec vous quelques passages de la langue originale à travers cette répétition du titre en turc et l’accompagnement sonore par l’auteur, que vous pourrez aller encore plus loin dans votre lecture et votre exploration de ce très beau texte de Ahmet Ümit.

Marmaray. Photo : Erinç Salor

Sur la pierre du sang, dans le ciel la pleine lune, dans le jardin l’odeur de la terre. Les arbres flottaient sous une brise effrayante. Le temps était venu pour les roses d’hiver de se multiplier, pour les narcisses de se renouveler. Sept personnes étaient entrées dans le jardin… Sept âmes en colère, sept esprits de la raison possédés par la haine, sept couteaux tranchants. Sept hommes maudits arpentèrent le jardin silencieux en sept rangées vers la porte en bois où se trouvaient leurs martyrs…

Sur la pierre du sang. Dans le jardin une brise effrayante. Le seul témoin de l’assassinat était la pleine lune. Sans étonnement, sans effroi, sans crainte, elle observait à travers les feuilles mortes des longs peupliers. Le plus jeune des sept hommes avait frappé à la porte. Le plus vieux avait appelé celui qui était à l’intérieur. Tous les sept avaient d’un seul coup planté leurs sept couteaux sur celui qui sortait de là.
— Extrait de Bab-i Esrar de Ahmet Ümit (traduction Canan Marasligil)