Meydan | la place en Turquie (et quelques notes sur les droits de traduction)

Le magazine littéraire turc Sabit Fikir s'est intéressé à Meydan | la place et m'a contacté pour un entretien. Je suis vraiment ravie que l'anthologie puisse aller au-delà les frontières (et c'est bien là une des nombreuses opportunités que nous offre le numérique). L'anthologie Meydan | la place n'est bien entendu pas conçue pour un public de lecteurs turcs, mais je trouve qu'il est essentiel que les lecteurs de la langue d'origine et notamment les auteurs, traducteurs, éditeurs... reçoivent cette information et surtout, qu'ils puissent comprendre la démarche Publie Net : le travail d'équipe, l'importance d'explorer les possibilités du numérique (ici avec l'insertion audio des lectures faites par les auteurs de leurs textes et les images du projet Marmaray), le travail de distribution et de médiation notamment à travers les bibliothèques, les lecteurs actifs sur les médias sociaux etc. (j'en profite pour remercier tous ceux qui ont donné une place à Meydan sur leurs blogs, sites, pages FB et twitter...et qui contribuent ainsi à faire vivre ces textes chaque jour). C'est un exemple de travail qui vaut la peine d'être partagé et c'est une des raisons pour laquelle je me donne la peine de présenter Meydan | la place en anglais et en turc sur ce site et ailleurs. Lors de l'entretien avec Sabit Fikir, j'ai repris des propos que vous aviez déjà lu sur ce site, dans les coulisses de Meydan et dans le Making-of de François Bon. Je vous propose ici quelques extraits traduits pour les compléter.

La littérature turque en France par Didem Çelik

Ce projet est d'abord né d'un effort personnel de présenter des auteurs qui n'étaient pas ou plus traduits en français. Afin de permettre aux lecteurs de lire des oeuvres disponibles en français, nous avons proposé des auteurs déjà traduits, comme Ahmet Ümit, Latife Tekin et Perihan Mağden, aux côtés d'auteurs encore inédits en français comme Hakan Bıçakçı, Karin Karakaşlı et Ece Temelkuran.

Nous avons ajouté des photographies du projet Marmaray pour refléter l'aspect "en construction" de Meydan | la place.

Nous sommes une équipe internationale (je vis à Amsterdam. Christine Jeanney et François Bon vivent en France, Roxane Lecomte à Bruxelles, Gwen Català en Thaïlande). Être connecté était essentiel pour mener à bien ce projet : une bonne partie de nos conversations se faisaient sur twitter et par e-mail. Cette connection "de proximité" est indispensable, pour se soutenir et établir une relation de confiance.

Cette anthologie inclut des textes et des auteurs que j'ai choisi, présentant ainsi une perspective personelle de la littérature turque contemporaine (je ne pourrai pas traduire des textes qui ne me plaisent pas). J'aimerais beaucoup travailler avec d'autres traducteurs dans le futur afin justement d'explorer d'autres perspectives. Avec Publie Net, nous allons présenter un riche éventail de la littérature contemporaine turque aux lecteurs francophones à travers une publication annuelle de Meydan | la place. Nous aimerions bien entendu présenter des oeuvres complètes de certains auteurs, mais la bonne volonté n'est pas suffisante. Il faut pouvoir acheter les droits numériques de ces oeuvres, et permettre à tous les acteurs - auteurs, traducteurs, agents, éditeurs, d'être rémunérés. Le projet tel qu'il est construit actuellement est entièrement professionnel mais tient également de la bonne volonté, de la passion et de la motivation de tous ceux qui y ont participé.

Avec cette dernière citation, je m'adresse surtout aux agents littéraires qui nous ont jusqu'à présent cédés gratuitement les droits de publication des extraits de leurs auteurs en numérique (et je leur en remercie), mais que pour la suite, certains tendent à ressortir les mêmes contrats que pour l'édition papier, ce qui n'est pas possible à soutenir. Notre démarche de travail est différente et il nous faut des moyens différents pour continuer. Je n'ai pas de solution toute faite, et je ne suis pas la seule à réfléchir là-dessus. C'est un espace qu'il nous faut encore construire ensemble. Je citerai pour terminer une phrase du petit point de route publie net de François qu'il dit au sujet des attentes qu'il avait des sociétés de droit d'auteur et qui je trouve est important dans le cas de la traduction littéraire. Je pense aussi qu'il nous faut

définir de nouveaux modes de rémunération qui puissent être liés à ce changement d’écosystème