Fictions

Portrait d'auteur : Perihan Mağden

L'anthologie Meydan | La Place présente sous les hashtags #grandir #lutter #aimer #êtreaccro, un extrait du dernier roman de Perihan Mağden intitulé Ali ile Ramazan Ali et Ramazan. Ce roman est parfois sombre et dur, j'en ai perdu le sommeil en traduisant les quelques pages que je propose dans Meydan | La Place. Il est extrêmement touchant et sincère, c'est aussi une écriture contemporaine unique.

 

Perihan Mağden a écrit et publié des romans, de la poésie, de nombreux essais et éditoriaux dans la presse. Orhan Pamuk dit de Mağden qu’elle « est parmi les écrivains les plus inventifs et francs de sa génération. »

Perihan Mağden est une auteur controversée en Turquie, et elle n’a certainement pas sa plume dans sa poche. Fin 2005, elle prend la défense dans un éditorial d'un jeune objecteur de conscience emprisonné, ce qui lui vaut d'être attaquée en justice par l'armée. Huée par une foule hostile lors de son procès, elle est finalement acquittée. Mais les critiques et la haine de certains ne cessent de la poursuivre, comme elle l’explique d’ailleurs elle-même, et qui tourne au harcèlement.

Que connaît-on de Perihan Mağden en français ? Un seul roman, son premier écrit en 1991 et traduit en 2003 chez Actes Sud : Meurtres d’enfants messagersOr Perihan Mağden a publié plusieurs romans entre 1991 et 2010, traduits à travers le monde : en anglais, en coréen, en grec, en hongrois, en néerlandais, en italien, en albanais… Parmi ceux-ci, Iki genç kızın romanı/Le roman de deux jeunes filles qui a été comparé à L’attrape cœur de Salinger pour la façon dont il capture l’angoisse adolescente. Cette œuvre a été adaptée au cinéma par Kutluğ Ataman et fut un succès majeur en Turquie. Son dernier roman Ali et Ramadan publié en février 2010 et qui raconte la courte histoire de deux jeunes orphelins homosexuels a fait la une de la presse littéraire et générale en Turquie.

À travers son œuvre Perihan Mağden nous raconte l’histoire de ceux que la société oublie, ceux qui se retrouvent à la page des faits divers dans les journaux comme Ali et Ramadan, ceux qui se perdent dans grandeur de la ville et dans l’angoisse de l’adolescence, comme les deux jeunes filles de son roman, Behiye et Handan. Tous ces personnages sont victimes du regard d’une société intolérante face à ceux qui sont différents ou dans le besoin. Les oubliés de la société, les rejetés du gouvernement, de l’armée, de leurs parents… Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ses vies, parfois trop courtes comme c’est le cas pour Ali et Ramadan, sans tomber dans le sentimentalisme ou les clichés. Perihan Mağden nous montre l’humain et non la victime. Elle ne veut pas que l’on pleure sur le sort de ces personnages, elle nous pousse à nous rappeler que nous sommes avant tout humains.

J'espère sincèrement que nous pourrons vous présenter plus de textes (et des romans complets) de cette auteur essentielle de la littérature contemporaine turque.