Retour aux coulisses de Meydan - Making of

C'est avec un immense plaisir que j'ai lu l'article publié par François Bon ce matin sur le tiers livre. Il y présente sa version du Making-of de Meydan | la place, une réelle aventure comme vous pouvez le constater dans son billet. Dans cet esprit de travail d'équipe et de complémentarité, je partage ici ma version du making-of de Meydan | la place. Bir varmış bir yokmuş | il était une fois à Bruxelles un énième événement pour discuter du livre numérique où François était invité à parler. Parmi les intervenants il y avait aussi Virgine Clayssen, que j'avais rencontré au BookCamp de Paris quelques mois auparavant. J'étais quant à moi dans le public. Je savais que je voulais parler avec François, mais pour une obscure raison, je n'osais pas. Le boost, c'est Virginie qui me l'a donné ce jour là. Je lui ai parlé de mon envie de présenter une plus grande variété de textes contemporains turcs et que je pensais pour cela à Publie Net, "Mais je n'ose pas trop approcher François" lui avais-je dit. "Va lui parler, il est là" m'avait-elle répondu, l'air de dire, mais enfin, il n'a jamais mangé personne. Je fonce donc (merci Virginie!). Et quelle belle rencontre, avec dès le départ un esprit d'ouverture. Je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai eu peur de lui en parler. Sans doute parce que d'autres éditeurs ont été beaucoup moins ouverts (carrément fermés) envers les textes contemporains turcs que je leur proposais en traduction.

Parlons-en de ces textes: parfois sombres, difficiles, pas du tout représentatifs de l'image que l'on a de la Turquie. Du coup, c'est peut-être difficile à vendre un choix de textes pareils: deux orphelins homosexuels qui terminent tués au bout d'une corde, un roman entier sur l'oubli, ou encore la vision d'une jeune journaliste turque sur la guerre du Liban de 2006. "Ça n'intéressera pas le lectorat X ou Y"... un argument auquel je ne crois absolument pas. Tout peut intéresser tout le monde. Lorsque l'on me demande "Mais qui va lire ces textes" je suis déconcertée. Peut-être très naïvement, je crois au potentiel d'ouverture d'esprit des lecteurs, surtout en numérique. Je n'ai donc pas peur. Ces textes intéresseront certains, pas tout le monde, et ce n'est pas le but de forcer les gens à tout lire, mais ceux qui auront envie de les découvrir vivront une expérience de lecteur forte. J'en suis certaine.

La diversité des textes est une réelle richesse mais elle a posé un défi énorme pour moi en tant que traductrice. Passer de la langue de Perihan Mağden à celle de Latife Tekin n'est absolument pas simple. Tous ces auteurs ont un style, un langage, une histoire bien à eux. J'ai eu des moments de doute, des maux de tête (mais notez que je suis migraineuse), le destin de Ali et Ramadan (Perihan Mağden) a même hanté mes nuits, j'ai eu la trouille de ne pas être à la hauteur d'une immense plume telle que celle de Tekin, et puis je me suis aussi demandée si je ne choisissais pas des textes parfois trop sombres. Des questionnements qui me qui me poursuivront certainement à l'infini! C'est pour cela que ce genre d'aventure ne se vit pas en solo. Christine Jeanney a offert une aide très précieuse et un soutien réel pendant toute la relecture des textes. Elle a toujours su poser les bonnes questions, pas dans l'esprit de "correction" mais plutôt un souci de comprendre et vivre les textes profondément et s'assurer de la qualité finale de la version française. Et puis il y a la confiance de François, qui m'a laissé une liberté totale dans mes choix. Sans doute parce que derrière tout cela, j'essaie avant tout de rester sincère.

Ensuite l'équipe s'est agrandie, car les bonnes idées pour explorer le numérique, il faut les appliquer. L'intégration des enregistrements audios des auteurs, les photographies, les lettres de l'alphabet turc (faites la connaissance du i sans point, ı, et je ne vous parle même pas de sa prononciation)... tous ces défis ont été surmontés par un duo d'enfer: Roxane Lecompte et Gwen Catala. Sans eux, on n'y serait simplement pas arrivé! Donc un immense merci à tous les deux.

Tout cela me motive encore plus à continuer. La preuve, je suis déjà occupée à sélectionner les textes du prochain volume...